L'Ecolière

L'Ecolière

A la table des fées

A la table des fées

Présenté par la fée Rozenn

 

Toi qui viens d'entrer en ces lieux, sache que tu t'apprêtes à vivre une grande aventure : celle de partager le repas des fées. Eh quoi ! Tu t'attendais à mieux, c'est ça ?! Alors tu ignores peut-être que tu es le seul de ton espèce à avoir cette chance extraordinaire ! Jamais aucun mortel n'est convié parmi nous. Tu es... hum... attends une minute... sens-tu cette odeur ? C'est celle du pain des fées. Il est si moelleux et si parfumé qu'on dirait de la brioche... Et peux-tu sentir le lait, le beurre et le miel ? Je vois que tu commences à te rendre compte de l'immense honneur qui t'est fait. Allez, suis-moi !

 

Dans la chaumière de Rozenn :

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Eh ! Tu n'as pas l'air dans ton assiette ! C'est le cas de le dire... Tu as l'air d'apprécier mes baies rouges, mon lait de vache, mon beurre, mon miel et mon safran mais tu n'as guère touché aux pistils de fleurs. C'est délicieux tu sais ! Si tu as soif, j'ai un excellent nectar de fleur que nous buvons comme du vin.

De la viande, me dis-tu ? Oh oui bien sûr que j'ai ça ! Nous les fées mangeons de la viande et tout particulièrement du porc. Sais-tu qu'un jour, dans le bois de Néry, en Saint-Just-d'Avray, moi et mes soeurs avions déniché un petit cochon bien dodu qui allait à la glandée. Il n'était bien sûr pas question de le dérober : nous avions attaché à son cou une petite bourse d'or bien garnie, certaines que ce petit trésor ravirait le propriétaire. 

Le lendemain, le cochon était revenu, sans sa bourse d'or. Nous l'avons alors ramené chez nous pour faire notre cuisine. Mais je ne suis pas sûre que les humains avaient bien compris : certes le cochon que nous avions choisi était revenu vers nous mais accompagné d'une centaine d'autres petits porcs. Peut-être les Hommes pensaient-ils que nous mettrions un sac pour chacun d'eux. Allez savoir.

Comment, que veux-tu ? QUOI ?! Enfin, je veux dire... comment ?! Tu veux du... du... du sel ?!!!! Certainement pas !! Nous avons horreur du sel ! Il faudra te contenter des perles de rosée et des filaments des nuages. Pourquoi fais-tu cette tête abasourdie ? Ah oui, j'oubliais que vous les humains, vous ne vous nourrissez que de choses matérielles alors que je raffole du parfum des mets, de l'essence des choses, de l'étoffe des rêves et des couleurs des saisons. N'as-tu donc jamais rien préparé pour les fées ? Eh bien c'est le moment d'apprendre ! Viens avec moi, j'ai quelques petites adresses dont tu me diras des nouvelles...

 

Chez Morvan le cordonnier :

La famille de Morvan a toujours pris grand soin des fées. Ses enfants ne manquent jamais de déposer un verre de lait, un bout de brioche ou une cuillerée de miel pour moi. En échange, je fais en sorte de maintenir la joie et la gaieté partout dans la maison ! Bien sûr que c'est indispensable ! Les humains d'aujourd'hui ont oublié que la bonne humeur ne règne dans leur logis que si les fées y sont les bienvenues.

Hélas ! ces coutumes ont largement disparu. Les anciens mettaient toujours le couvert pour les fées que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur, de préférence sous un chêne, de l'aubépine ou sous un autre arbre à fée. Il me semble que je me souviens encore de cette tradition gauloise où les maris servaient un repas aux fées pendant l'accouchement de leurs femmes, pour attirer la bonne fortune dans leur maison. Sais-tu que le mot "fée" vient de fatum qui désigne le destin ? Eh oui, nous sommes en quelque sorte les déesses du destin. Eh !! Ne t'endors pas allons !! Comment ? Que faut-il préparer pour les fées ? Eh bien, tout d'abord tu dois installer une table recouverte d'une nappe blanche et préparer trois couverts. A la table des fées, le couvert est toujours mis pour trois. Ensuite, tu peux laisser sur ta table des plats ou les restes de ton propre repas. Avant les Hommes laissaient toujours leurs restes avant de débarrasser pour que les fées puissent manger elles aussi. Mais surtout, une règle absolue : nous laisser seules ! Quand tu reviendras, en apparence, la nourriture n'aura pas changé. Nous nous serons délectées de l'essence subtile des plats, de leur parfum et de leurs couleurs...

Mais tiens donc, je te trouve une petite mine. Allons chez Tante Arie, elle saura te redonner des couleurs !

 

Dans la cuisine de Tante Arie :

"Bonjour Tante Arie ! Comment te portes-tu ?"

"Ma foi pas trop mal, ma chère Rozenn. Je vois tu m'amènes un invité."

"Tante Arie est une merveilleuse cuisinière qui prépare le pain des fées comme aucune autre ne saurait le faire ! Elle apporte aussi des cadeaux et des friandises aux enfants le jour de Noël, du nouvel an et de l'Epiphanie. Dis-moi Tante Arie, voudrais-tu faire goûter à notre visiteur ce délicieux pain que tu réussis tant ?"

"Avec un très grand plaisir ! Installe-toi mon enfant, je suis sûre que tu vas te régaler ! Voulez-vous que je vous raconte ma dernière aventure avec les humains ? J'étais là en train de faire cuire mes galettes quand j'ai aperçu un fermier et son valet labourer un champ. Le soleil était haut dans le ciel et la sueur perlait sur leurs fronts. J'ai alors décidé de leur faire un petit cadeau : j'ai déposé un gâteau tout juste sorti du four dans le sillon. Les deux hommes ne tardèrent pas à sentir la bonne odeur de pâtisserie et trouvèrent le gâteau accompagné d'un petit couteau pour le partager. Savez-vous ce qu'ils ont fait ? L'un d'entre eux a voulu emporter mon couteau en souvenir ! Je me suis mise dans une telle colère que le voleur n'a pas hésité longtemps avant de me rendre mon bien ! Ohhh !! Mais je vois que tu as presque tout mangé ! Veux-tu encore un peu de lait et de miel ?"

"J'étais sûre que tu ravirais mon ôte avec tes succulentes galettes Tante Arie !"

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"Il parait que les cuisinières magiques des grottes des Margot-la-Fée, en Côtes-d'Armor, ne sont pas mal non plus ! Tous les laboureurs de la région affirment qu'il n'existe pas meilleur pain au monde ! Tiens Rozenn, puisque tu es là, pourrais-tu aller porter ce petit panier à nos cousines les Portunes pour moi ?"

"Bien sûr Tante Arie !"

"Merci mon amie. Les Portunes n'ont pas le loisir de manger des petits plats mitonnés. Et toi, que dis-tu jeune étranger ? Oh ! Mais c'est très facile ! Si tu veux que les fées t'apportent encore du pain magique, il suffit de faire comme les cultivateurs de Giromagny et appeler 'bonne fée, petite fée, donne-nous du pain que tu fais'."

 

Au pays des Portunes :

Les Portunes sont des fées minuscules qui vivent en Angleterre. Elles s'introduisent dans les maisons pour faire leur cuisine dans les cendres de l'âtre avant de rejoindre leur demeure sousterraine par des passages secrets à l'intérieur de la cheminée. Oh non ! Ne me regarde pas avec ces yeux gourmands ! Tu as déjà suffisamment mangé de pain des fées comme ça. De plus, je ne suis pas bien sûre qu'elles apprécieront ta présence : les Portunes sont des fées espiègles qui adorent jouer de mauvais tours aux humains. Casserole renversée ou crumble brûlé, tu peux être sûr que c'est encore un mauvais tour des fées ! Nous y voilà. Il vaut mieux que j'aille porter le panier de Tante Arie moi-même. Elle ne s'est pas offensée de ta présence étant très attachée aux humains. Mais pour ce qui est des Portunes, c'est une autre histoire...

 

Au survol de l'île de Man :

Oh !! Eloignons-nous vite ! Nous voilà au dessus de l'île de Man et de ses fées vampires. Non, non, non, je ne plaisante pas du tout ! Les fées vampires de l'île de Man aspirent le sang des dormeurs humains pour en faire un gâteau dont elles se délectent avant d'en laisser les restes à leurs victimes sous peine de succomber à une maladie de langueur dit-on. Tu n'as pas envie de finir en clafoutis ? Alors ne reste pas là !

 

 Un rendez-vous printanier :

Ton voyage s'arrête ici. J'espère que tu as apprécié ton séjour et toutes tes découvertes... culinaires !... Ton ventre tout rond a l'air d'avoir apprécié notre cuisine. J'essayerai de te faire apprécier le nectar de fleur une autre fois. En attendant, j'ai un rendez-vous avec mes soeurs que je ne peux pas rater. Il a lieu tous les ans au début du printemps et je ne peux pas t'emmener. J'ai promis à Ladybellule de te faire découvrir quelques parcelles de mon monde féérique mais je ne peux pas tout dévoiler !

Allons, ne sois pas triste ! Tu sais maintenant comment m'inviter chez toi ! Même si je resterai discrète, sois assuré de ma présence. Et ta maison rayonnera de bonheur ! 

De toute façon, je ne serai jamais bien loin. Les fées partagent souvent le repas des hommes, même si ceux-ci ne les voient pas. A l'exception des "hommes de la seconde vue"... Et la nuit de Noël est une grande occasion de me faire des offrandes ! En Provence par exemple, les femmes qui vont à la fontaine y déposent pour les fées un morceau de pain, un bout de galette, des gâteaux et un fromage de chèvre. A chaque fois qu'une nouvelle venue vient puiser de l'eau, elle remplace les cadeaux de la précédente par les siens, similaires. 

Taratata ! Je ne dirai rien sur ma prochaine destination. Sauf éventuellement que nous nous réunissons autour d'une table ornée d'une nappe blanche et recouverte des mets les plus délicieux. A la fin du repas, nous partageons le breuvage contenu dans une coupe de cristal si brillante qu'elle nous sert de flambeau. Ce qu'il y a dedans ? Ca, c'est un secret bien gardé !

 

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Sources : Le Guide du chasseur de fées d'Edouard Brasey - Démons et Merveilles d'Edouard Brasey

 

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26/07/2014
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