L'Ecolière

L'Ecolière

Agatha Christie sur le Nil

Agatha Christie sur le Nil

Une romancière passionnée d'égyptologie

 

C'est bel et bien au cours d'une croisière sur le Nil que la grande Agatha Christie  a trouvé l'inspiration.  Mort sur le Nil, l'un de ses romans les plus célèbres, raconte l'enquête d'Hercule Poirot à bord du S.S. Karnak qui conduit ses passagers à travers l'Egypte. Linnet Ridgeway, alors en voyage de noces, a été assassinée.  Elle venait d'épouser l'amant de sa meilleure amie, qui ne les a pas lâchés d'une semelle depuis le début du voyage. Cette pauvre femme meurtrie ressemble à la coupable idéale. Mais l'intelligence de Poirot ne tardera pas à mettre au jour une machination des plus diaboliques... Retour sur un écrivain de renom et sur la petite histoire du tourisme en Egypte !

 

Thomas Cook invente le tourisme :

Alors que James a découvert l'Australie un siècle plus tôt, Thomas, lui, se contente d'inventer le tourisme au XIXe siècle. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas une mince affaire ! Thomas Cook, né en 1808 à Melbourne (Derbyshire) créé la première agence de voyages au monde en 1841. Il organise des expéditions en train à travers l'Angleterre puis à travers l'Europe. Son entreprise prend rapidement un essor international. C'est seulement dans les années 1870 qu'il commence à s'intéresser à l'Egypte en ouvrant une agence au Caire. A cette époque, aucune voie ferrée ne relie le Caire à Assouan et les seuls bateaux qui permettent de descendre le Nil sont des dahabiyas, des bateaux à voile traditionnels. Le voyage coûte 260 livres sterling et dure trois mois aller-retour.

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Ci-dessus : la couverture d'une brochure de la compagnie Cook datant de 1891.

 Avec ses bateaux à vapeur, Cook prend rapidement le monopole des croisières sur le fleuve : ses  navires sont aménagés en bâtiments de luxe et le trajet ne prend que vingt-huit jours pour 50 livres  sterling. Avec l'émergence de la petite bourgeoisie sous le règne de Victoria, ce voyage  exceptionnel à travers les plus beaux sites de l'Egypte gagne immédiatement un succès fou. 

 

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"Des hordes de Cooks et de Cookesses" :

Cette expression de Pierre Loti représente bien l'impact de Thomas Cook sur l'Egypte. Les grandes villes pharaoniques vivent désormais au gré des arrivées de voyageurs. Le petit village de Louxor, par exemple, qui était à moitié enfoui sous les sables, grandit  au fur et à mesure pour accueillir plus de visiteurs. Cook y fait construire le Luxor Hotel en 1877. Il finance même  la restauration du temple ! Si les affaires restent les affaires, l'archéologie égyptienne a pu se développer en partie grâce à ce tourisme de masse. 

Néanmoins, l'exploration des monuments n'est pas toujours très scientifique. Le vandalisme ne tarde pas à apparaître : les voyageurs arrachent volontiers un morceau de statue ou de temple en souvenir. Contre un bakchich, les habitants des villages locaux n'hésitent pas à piller les sites pour ramener aux étrangers des trésors enfouis dans le sable. Ces pratiques très peu réglementées perdurent jusque... dans les années 1930 !

Ci-contre : The Jade-green Isis, de Charles Wilda, 1884.

  

Une romancière sur le Nil :

Aux dernières nouvelles, personne n'a été assassiné pendant la croisière d'Agatha Christie sur le Nil... Et ce n'était pas à bord du S.S. Karnark, mais du S.S. Sudan (Steam Ship Sudan)... Peu importe, si ce n'est pas le crime, c'est l'inspiration qui a frappé. Et ce n'est pas plus mal ! En 1933, la "reine du crime" embarque pour une balade sur le Nil en compagnie de son second mari, l'archéologue Max Mallowan. Le luxueux rafiot qui la transporte fait partie d'une génération de flottille à vapeur plus moderne et plus rapide qui permet de descendre le fleuve en seulement vingt jours. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le tourisme est au point mort et le S.S. Sudan reste à quai jusque  dans les années 1990. Un armateur égyptien le remet temporairement  en exploitation pour le compte d'un tour-opérateur allemand. Dans les années 2000, il est racheté par le tour-opérateur  Voyageurs du Monde  qui l'a soigneusement rénové et modernisé.

Depuis,  Voyageurs du Monde  propose toujours des croisières à bord de cet impressionnant bateau, en passant par les plus beaux sites archéologiques d'Egypte. C'est un voyage qu'on peut encore faire aujourd'hui !

 

La reine du crime : 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la vie d'Agatha Christie est digne de  ses romans les plus célèbres ! Elle fourmille d'anecdotes. Agatha Miller naît en 1890, à Torquay (Devon). C'est une enfant solitaire et extrêmement timide. Encouragée par sa mère, elle écrit des contes, des nouvelles et des poèmes dès son plus jeune âge. En 1910, elle débarque pour la première fois en Egypte mais ce qui occupe son esprit, ce ne sont pas les antiquités... mais les maris ! Elevée dans une éducation strictement victorienne, rechercher un mari respectable est l'une des principales préoccupations d'une jeune fille. Finalement, elle ne rencontre son premier époux, le séduisant Archibald Christie, qu'en 1912. Ils se marient le jour de Noël 1914.

Alors qu'elle souffre d'un violent accès de fièvre, sa mère lui met d'autorité de quoi écrire entre les mains. C'est ainsi que la première grande nouvelle d'Agatha Christie,  The Houte of Beauty, voit le jour, sur le thème du rêve et de la folie. Pendant la Première Guerre Mondiale, elle s'engage dans un détachement de secours volontaire, en tant qu'infirmière bénévole. Elle finit assistante-chimiste  dans la pharmacie d'un hôpital militaire et obtient même son diplôme de pharmacienne en 1917. C'est l'occasion de se familiariser avec de nombreux poisons... Passionnée d'égyptologie, elle écrit une pièce de théâtre,  Akhénaton, qui ne sera finalement pas jouée mais juste publiée. Ce n'est que trois ans après sa mort, en 1979, que la pièce sera montée à New York.

Ci-contre : Agatha Christie.

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Agatha Christie s'éteint près d'Oxford en 1976. Elle a choisi l'épitaphe qui est gravée sur sa tombe. Il s'agit d'un extrait de  La Reine des fées  d'Edmund Spenser :

 

Sleepe after toyle, port after stormie seas,

Ease after war, death after life, does greatly please.

   

Le repos après tant de labeur, un port après des mers agitées,

Le calme après la guerre, la mort après la vie, fait beaucoup de bien.

Traduction maison...

A vous ! :

Même si le développement du chemin de fer et l'arrivée des bus climatisés ont fortement diminué le taux des croisières sur le Nil, certaines agences proposent toujours une dérive sur le fleuve à leurs clients. C'est le cas des  Grééments du Nil, un réceptif créé en 2003 par une française vivant à Louxor depuis plus de vingt ans. Il propose des croisières à bord de bateaux traditionnels tels que  la felouque (embarcation  avec une seule voile en forme de trapèze), le  sandal  (grosse felouque à deux voiles latines triangulaires) ou la  dahabeya  (réplique des voiliers construits au XIXe siècle). On peut ainsi voyager entre Esna et Assouan, à la découverte de monuments inoubliables et de l'hospitalité égyptienne. A certaines dates et avec un nombre minimum de participants, la compagnie propose une croisière longue avec deux nuits au Caire, à l'hôtel,  et huit nuits à bord jusqu'à Louxor. Ainsi, la visite ne se borne pas qu'aux monuments de Haute Egypte (au Sud) et on peut s'arrêter dans des lieux pratiquement jamais visités par le grand public comme les sépultures de Beni Hassan, la cité d'Akhénaton (aujourd'hui, Tell el-Amarna) ou encore les temples d'Abydos et de Dandérah.

Toutes les informations sur  www.les-greements-du-nil.com   !

 

Sources : Egypte Ancienne, hors série n°4 - Wikipédia 

  

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25/07/2015
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