L'Ecolière

L'Ecolière

Barrage sur le Nil

Barrage sur le Nil

Christian Jacq 

  

Le fléau n'est pas à la mesure de l'homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c'est un mauvais rêve qui va passer. Mais il ne passe pas toujours et de mauvais rêve en mauvais rêve, ce sont les hommes qui passent.

  

Albert Camus, La Peste

  

L'histoire :

Alors qu'il est en train de fouiller un petit tombeau près de la première cataracte du Nil, Mark Walker découvre, sur une feuille de papyrus cachée dans un vieux coffre, une antique prédiction en hiéroglyphes du sage prophète Ipou-Our qui annonce un déchaînement de violence tel que le Nil sera transformé en un fleuve de sang. 

Mark Walker est bouleversé. Egyptologue passionné, il lutte pour la sauvegarde des monuments d'Egypte mise en péril par le maudit barrage d'Assouan : en effet, parmi tous les inconvénients qu'engendre la construction du barrage, il y a la remontée de la nappe phréatique qui menace d'inonder les plus beaux chefs-d'oeuvre de l'Egypte pharaonique. De plus, la salinisation et l'humidité rongent les murs des temples dont les risques de s'écrouler augmentent de jour en jour.

Montant dossier sur dossier, écrivant article sur article, déposant plainte sur plainte, Mark Walker tente de faire saisir la gravité de la situation. Heureusement, l'égyptologue peut compter sur sa fiancée Hélène, spécialiste de l'environnement, pour lui donner un sérieux coup de main. Mais elle est assassinée dans un car touristique alors qu'elle venait le rejoindre à Assouan. Brisé au plus profond de son coeur, Mark pense d'abord au suicide mais la rumeur lui laisse penser qu'Hélène n'est pas l'une des innombrables victimes des terroristes qui sévissent dans le pays : l'armée serait derrière tout ça...

Décidant de venger sa bien aimée, il part pour Le Caire. Son enquête le conduit dans les remous d'une révolution imminente ; le mouvement islamiste dirigé par Mohamed Bokar est prêt à tout pour prendre le contrôle du pays et imposer la vraie foi à tous les égyptiens. Le meurtre de sa fiancée et le barrage sont intimement liés ; trompé, manipulé, menacé, Mark Walker prend conscience qu'il n'est qu'un pion sur un vaste échiquier où se déchaîne une violence extrême. La prédiction du vieux sage a tout pour se réaliser. Le courage et l'entêtement de cet homme qui n'a pour religion que l'amour de l'Egypte suffiront-ils à repousser l'inévitable ?...

  

Mon avis :

J'ai beaucoup aimé Barrage sur le Nil et pourtant Dieu sait que c'est exactement le genre de livre que je déteste. Christian Jacq a décidé de nous montrer dans ce roman une Egypte moderne, plus actuelle, en proie à la connerie humaine par excellence. 

C'est une colère "saine" que j'ai ressentie ; une colère qui me commandait de sauver quelque chose et non de détruire. J''ai sauté au plafond quand Christian Jacq a raconté l'explosion de la pyramide de Khéphren à tel point que je suis allée immédiatement vérifier l'information sur internet et je me suis laissée gagner par les larmes quand j'ai lu la destruction du Sphinx à coup de poing... J'avais envie de faire quelque chose. Je voulais partir en Egypte sur le champ, me poster devant les pyramides et repousser les agresseurs, défendre l'héritage des pharaons jusqu'au bout ! Oui, vraiment, j'ai eu envie de le faire. De plus, l'humanité a beau être d'une bêtise affligeante dans ce livre, tous les Hommes ne sont pas comme ça : Mark Walker, Kamel, Farag Moustakbel et encore d'autres personnages sont des hommes que je trouve loyaux et braves. Ca laisse une lueur d'espoir, de savoir que même dans le pire des mondes, il y aura toujours des gens justes qui se battront pour le bonheur de tous. C'est pour ça que je trouve cette colère "saine". Contrairement à Madame Bovary (eh oui, ce livre m'a énormément émue, je crains que j'y ferai souvent allusion) où quelque soit l'individu, il est de toute façon noyé dans sa médiocrité et où la colère que j'ai ressentie était une colère dévastatrice...

En bref, Christian Jacq a réussi à écrire un roman qui, je trouve, a réellement eu un impact positif sur moi. Les autres romans qui se perdent en critiques de la société me remplissent de haine et de tristesse : ici, cette colère m'a donné de la force au lieu de m'en retirer. C'est peut-être à cause du thème : détruire les monuments d'Egypte pour moi est l'un des crimes les plus abominables que l'on puisse commettre. 

J'ai aussi réalisé quelque chose à propos de Christian Jacq que je n'avais pas perçu dans mes lectures précédentes : les personnages sont tous des êtres sincères. Ils ne se laissent pas envahir par des doutes, ils se laissent guider par leur coeur, par leur destin ; ce sont des personnages transparents qui font confiance à leur nature. Même chez les "méchants". Prenons un exemple des plus terribles : Kaboul. Dans le roman, c'est le pire des tueurs islamistes qui ne peut pas s'empêcher de rire quand il voit mourir l'une de ses victimes. Et bien, il tue parce que c'est ce qu'il doit faire, c'est son devoir. Jamais il ne réfléchit, il est sincère. J'adore cela chez Christian Jacq. Des héros, quoi que m'en dise les professeurs de français, ne peuvent être ordinaires à mon avis. Si les personnages sont présentés comme des personnages de tous les jours, alors c'est ce que nous sommes tous extraordinaires. J'en suis persuadée. Les héros de Christian Jacq se laissent porter par ce qu'ils sont, mais ils n'en sont pas moins des hommes et des femmes que nous pourrions rencontrer tous les jours. C'est malgré tout des héros pour moi, parce que c'est au plus profond de leur âme qu'ils vont chercher ce qu'ils ont d'extraordinaire. 

Barrage sur le Nil n'est pas un roman que je relirai plus tard, je crois. Mais il n'en reste pas moins l'un des meilleurs de Christian Jacq, à mon humble avis !

  

 



29/06/2013
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