L'Ecolière

L'Ecolière

Le Voyageur sans bagage / Le Bal des voleurs - Jean Anouilh

Le Voyageur sans bagage

suivi de

Le Bal des voleurs

Jean Anouilh

(pièces de théâtre)

   

Les histoires :

- Le Voyageur sans bagage : Gaston a perdu la mémoire au cours de la guerre de 14-18. Il est confié à un asile où il plante des salades et cire les parquets. Avec la pension de mutilé qu'il a accumulée mais qu'il n'a jamais pu toucher, il est à la tête d'une véritable fortune. Nombre de familles rêvent qu'il les rejoigne ! Cinq d'entre elles sont retenues comme étant les familles les plus probables de Gaston. La duchesse Dupont-Dufort décide de se charger des confrontations. Malgré l'ordre pré-défini, elle le présente d'abord aux Renaud : compte tenu de leur richesse, ce sont ceux qu'elle trouve les plus "sympathiques".

La rencontre est violente : Gaston rêvait d'une enfance paisible avec un ami bien à lui, d'un premier amour passionné, d'une famille aimante et unie... au contraire, Jacques Renaud, celui qu'il est censé être, passait ses journées à tuer des petits animaux et à empailler les plus beaux, il courait les bars et les cafés, rentrait tard, séduisait les bonnes, couchait avec la femme de son frère. Quant au seul ami de cet homme, il l'a jeté dans l'escalier et il est définitivement paralysé.

Gaston est abasourdi. Les membres de "sa famille" soutiennent qu'il bien Jacques Renaud, que la ressemblance physique est trop troublante. Lui qui était un homme simple et gentil se découvre un passé d'homme volage et sans cœur...

- Le Bal des voleurs : Trois voleurs, le chef Peterbono, le séducteur Hector et l'apprenti Gustave, sont en pleine action : ils s'introduisent dans la maison de Lord Edgard et de Lady Hurf sous l'apparence d'aristocrates espagnols dans l'espoir de faire un superbe coup, tant dans la quantité d'argent récolté que dans la forme de l'entourloupe. Mais Gustave est tombé amoureux de Juliette, la nièce de Lady Hurf, et cet amour est réciproque. Gustave est déchiré entre son rôle et sa véritable identité. Il décide de partir au plus vite et prie Peterbono et Hector de faire le coup le soir-même. Ils ne sont pas d'accord et décident de faire durer le jeu un peu plus longtemps. Qu'à cela ne tienne, Gustave est décidé à partir, avec ou sans ses acolytes. Le cambriolage qui devait être l'un des plus brillants de la carrière des trois voleurs s'avère plus difficile que prévu...

  

Mon avis :

Séduite, comme pour les dernières pièces de Jean Anouilh que j'ai lues ! Le style de l'auteur est toujours le même, je risque de me répéter dans les remarques que je ferai, mais je vais essayer de développer un peu pour ces deux pièces, même si le genre d'intrigue et de personnages s'apparente vraiment à L'Invitation au château et à La Répétition ou l'amour puni

Les intrigues sont posées dès le début. Quel bonheur !! J'adore quand j'arrive à me situer facilement dans une histoire. On comprend tout de suite qui est qui, où on est, pourquoi, ce qui va suivre, quel est le genre de la pièce. Une fois lancée, ma curiosité était trop aiguisée, je n'avais pas d'autres choix que de continuer !

Les personnages sont très clairs, transparents même, je les ai cernés instantanément au point de les trouver bien choisis pour leur diversité de caractère. Dans la première, une duchesse romanesque et huppée, une mère d'acier, un frère brisé, une belle-sœur éplorée et dans la seconde pièce, trois voleurs aux tempéraments très différents mais complémentaires, la lady excentrique, le lord plongé dans son Times, les deux lèche-botte, une jeune fille au cœur pur et tendre et une autre éternellement seule et toujours accompagnée. Je ne sais pas si ça vous fait le même effet, mais j'ai l'impression que tout est là, qu'il n'en manque pas un et qu'avec de tels personnages, on va passer un très bon moment.

anouilh bal ds voleurs.jpg

J'ai trouvé ces personnages, de surcroît, très attachants : Gaston (première pièce) est vraiment adorable. J'ai eu sincèrement mal au cœur dans les épreuves que cette horrible famille lui faisait subir et j'ai tremblé en attendant la fin que je pensais terrible pour lui. J'ai eu aussi de l'affection pour Georges, le frère de Jacques Renard, que je considère comme la seule vraie famille de ce garçon.   Dans la deuxième pièce, j'ai apprécié chaque personnage - sauf les deux financiers évidemment ! -, tous m'ont fait rire et tous m'ont émue.

Malgré la critique extrêmement dure dans la première pièce (critique envers la famille, avant la rencontre et après, critique envers la duchesse et l'avoué, critique envers les familles attirées par l'argent de Gaston), je n'ai pas ressenti ce sentiment de haine qui m'a tant tiraillée dans d'autres livres. Tout est tellement centré sur Gaston, sur son malheur, sur son épreuve, que je n'avais pas le temps de détester les autres même si j'ai été sensible à leur ignominie. Je lui criais (si, si !) de ne pas se laisser abattre, que cet homme, Jacques Renaud, n'était pas responsable, que ces gens avaient fait de lui ce qu'il était devenu et que si Gaston était bien lui, Gaston avait la chance de gommer son passé pour révéler sa vraie nature. J'ai trouvé ce thème, bien qu'assez sombre, très intéressant et bien développé. La fin en revanche, m'a déçue et ravie en même temps ; je l'aime sans l'aimer. C'est clair, n'est-ce pas ? :P Elle m'a un peu refroidie même si je la trouve adorable. Je n'ose pas vous gâcher la surprise...

Mais quant au Bal des voleurs, c'est le coup de foudre complet ! Dès le début le comique est irrésistible ! Les voleurs qui se volent mutuellement parce qu'ils ne se reconnaissent pas sous les déguisements... c'est vraiment adorable ! J'adorais le ton de cette pièce dès le début et pour mon plus grand plaisir, il a continué jusqu'à la fin. 

Contrairement aux autres pièces d'Anouilh que j'ai lues, les riches ne sont pas les "méchants" de l'histoire. Ici, ils ont une personnalité totalement risible : le lord plongé dans son Times et la lady qui s'ennuie au point de... je ne vous dis rien, vous verrez bien ! Ce sont eux qui ont le dernier mot. Une dernière réplique qui révèle leur véritable  rôle parmi les autres protagonistes. La fin m'a émue aux frissons tellement je l'ai trouvée jolie. Je vous laisse la découvrir...

Dernier point sur cette deuxième pièce, c'est qu'elle est extrêmement riche : presque théâtre dans le théâtre (déguisements, rôles...), musique, humour, quiproquos et personnages divers. Ma préférée des quatre pièces que j'ai lues d'Anouilh ! A relire et à relire sans modération !!

   

 



07/09/2013
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