L'Ecolière

L'Ecolière

Les obélisques

Les obélisques

A l'assaut du ciel

 

Vous connaissez tous les obélisques ! Ces grandes aiguilles de pierre qui pointent tout droit vers les nuages. Ils fascinent tellement les Hommes qu'ils en ont dispersés un peu partout sur la Terre. Mais avant d'être enlevés par  leurs plus grands admirateurs, les obélisques égyptiens étaient avant tout des objets sacrés, chargés de faire la liaison entre  les dieux et les Hommes.

 

De l'origine des temps :

Les légendes égyptiennes racontent que les dieux créèrent le monde sur un petit îlot de terre issu des eaux du néant . C'est là qu'est né le dieu-soleil Rê, adoré dans la ville d'Héliopolis sous la forme d'une gigantesque pointe s'élevant vers le ciel. Le mot "obélisque" vient en fait du grec "obeliskos" qui signifie "broche à rôtir". Les égyptiens l'appelaient "tekhen", ou parfois "benben" qui désigne le tertre primordial. 

L'obélisque est en fait un monolithe de section carrée dont le fût s'affine en hauteur. A son sommet trône une petite pyramide que l'on surnommait "benbenet" (le féminin de "benben"). L'extrémité du monument - ou le monument tout entier -  était recouvert d'électrum, un mélange d'or et d'argent. Ainsi, dès le lever du soleil, l'obélisque pouvait illuminer les offrandes des premières lueurs du jour.

 

Le médiateur des dieux :

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L'obélisque a un rôle sacré très important. Bien sûr, il est étroitement lié à la naissance de la terre et à celle du dieu Rê. Certains y voient un symbole de la virilité du divin.  Mais il établit aussi un lien entre le monde des Hommes et le monde des dieux. Ainsi, on le retrouve souvent à l'entrée des temples : c'est lui qui permet aux divinités de venir illuminer de leur magie les enceintes sacrées. Par ailleurs, les obélisques qui gardent l'entrée des temples sont tous fabriqués en granit rose d'Assouan, un matériau directement associé au feu et au soleil. 

Les obélisques funéraires, de plus petite taille, encadraient l'entrée des sépultures. Ils avaient pour vocation d'apporter l'énergie des dieux au défunt lors de sa résurrection dans l'au-delà. Construits  pendant toute la durée de la civilisation égyptienne, ils étaient des hommages que rendaient les pharaons à leurs plus fidèles courtisans.

Ci-contre : le temple de Louxor, initialement gardé par deux obélisques qui assuraient la présence des dieux.

 

L'ère des géants :

C'est sous la Ve dynastie (v. 2500-2300 av. J.C.) qu'apparaissent les premiers obélisques. Ce ne sont pas encore des monolithes : ils sont maçonnés avec des blocs de pierre et probablement recouverts de calcaire fin. Moins hauts et moins effilés, ils sont plus fidèles à l'idée de cime primordiale. Les premiers monolithes datent seulement de la dynastie suivante (v. 2300-2200 av. J.C.). 

Si durant le Moyen Empire (2033-1710 av. J.C.), la construction des obélisques est rare, le Nouvel Empire (1550-1070 av. J.C.) les voit pousser comme des champignons ! C'est le temps des "superobélisques". Dans le temple de Karnak, à Thèbes, le développement du culte du soleil est tel que des tas d'obélisques sont installés. Même Pi-Ramsès, la ville construite de toute pièce par les bâtisseurs de Ramsès II,  est peuplée d'aiguilles de pierre. 

 

La fête Sed :

Il existe une cérémonie où les obélisques sont particulièrement appréciés : la fête Sed. Il s'agit d'un ensemble de rites qu'on honore après les trente premières années de règne d'un pharaon. C'est l'occasion pour celui-ci de montrer qu'il est encore digne de régner. Durant le jubilé royal, l'obélisque est l'objet magique qui permet aux forces cosmiques de rejoindre l'esprit du roi, afin qu'il soit régénéré et en pleine forme d'ici les trois prochaines années, date à laquelle a lieu la prochaine fête Sed.

Il existe aussi une autre sculpture symbolique : c'est le pilier djed. On pourrait y voir la stylisation d'un arbre en fleurs ou la colonne vertébrale d'Osiris. C'est un cadeau que les dieux font au roi d'Egypte qui doit l'ériger à Memphis en l'honneur du dieu Ptah. Une fois redressée, cette colonne symbolise la résurrection  d'Osiris face à son frère Seth.

 

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Ramsès III  pendant la fête Sed en compagnie d'Amon et de Mout (XXe dynastie - Temple de Medinet Habou)

    

 Naissance d'un colosse de pierre :

Il est difficile de savoir comment les obélisques ont été réalisés. Certains bas-reliefs donnent une idée de la construction et du chantier colossal qu'ils impliquaient. Un chef d'équipe commençait par tracer le plan sur le sol. Les ouvriers se mettaient alors à creuser des tranchées autour. Elles mesuraient à peine soixante-quinze centimètres de large. Enfin, pendant que d'autres esquissaient un passage hors de la carrière, les travailleurs taillaient en dessous de l'obélisque pour l'arracher à la pierre. Pour le transport, bien des hypothèses existent. Pline l'Ancien raconte que l'obélisque était placé en travers du fleuve. Des bateaux chargés de pierre se plaçaient en dessous. Les ouvriers  lâchant du lest, la colonne  était progressivement installée dans l'embarcation. 

Ci-contre : dessins de Jean-Claude  Golvin.

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Pour la mise en place sur le socle, l'égyptologie nous parle de cordages, de rondins, de leviers et de rampes monumentales... La face contre le sol était gravée en dernier, lorsque l'obélisque était redressé.

Un autre indice qui nous permet d'en savoir plus repose toujours dans la carrière d'Assouan : c'est l'obélisque inachevé. Long de quarante-deux mètres, ce géant de granite, endormi depuis des  millénaires, a été abandonné dans son lit sans doute à cause d'un défaut dans la roche.

Ci-contre : l'obélisque inachevé d'Assouan.

 

 

 L'obélisque en voyage :

Les obélisques égyptiens ont fait fureur, à tel point qu'il y a plus d'obélisques dans le monde que dans toute l'Egypte ! On en trouve à Istambul (Turquie), à Catane (Sicile), à Florence,  à Munich, à Berlin (maintenant en Pologne)... Le plus haut des obélisques se trouve à Rome, sur la place Saint-Jean-du-Latran. Les "aiguilles de Cléopâtre", comme les appellent les Européens, ont quand à elles un destin bien particulier. Elles n'ont rien à voir avec la dernière reine d'Egypte, en fait, elles ont été bâties sous le règne de Thoutmosis III. Erigées à Héliopolis, l'empereur Auguste les fait migrer vers Alexandrie. En 1869, l'une d'entre elle est offerte aux Etats-Unis par le khédive d'Egypte, pour les remercier de leur aide dans la construction du Canal de Suez. En 1877, l'autre est offerte à l'Angleterre pour commémorer la victoire de Nelson sur Napoléon.

Et le meilleur pour la fin. Celui que nous appelons l'obélisque de la Concorde montait la garde au temple de Louxor avec son jumeau. C'est un cadeau du vice-roi d'Egypte à la France, choisi par Champollion en 1834. Le deuxième  a été restitué à l'Egypte par François Mitterrand en 1998.

 

Sources : Histoire et Civilisation n°6 mai 2015 - Grandes Civilisations du passé, Ramsès II, dieux et bâtisseur - Wikipédia



04/05/2015
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