L'Ecolière

L'Ecolière

La Grotte - Jean Anouilh

La Grotte

Jean Anouilh

(pièce de théâtre)

 

L'histoire :

Dès le premier acte, l'Auteur vient s'excuser sur la scène : cette pièce, il n'a jamais pu l'écrire. Il assure que chaque spectateur qui le désire peut se faire rembourser sa place. En attendant, la salle est remplie, il faut démarrer. L'Auteur prie donc ses personnages d'entrer en scène. Tant pis. L'intrigue s'écrira en direct, sous les yeux stupéfaits du public.

Marie-Jeanne, la cuisinière,  vient d'être assassinée. Le commissaire mène l'enquête, il pose des questions aux domestiques et fouine un peu partout dans la grotte, antre obscure en dessous des salons clairs et lumineux... La pièce s'enlise et l'Auteur intervient. Autant recommencer la scène avant la mort de Marie-Jeanne. De fil en aiguille, jouée en long en large et en travers, l'histoire prend forme et les personnages se dessinent. L'Auteur perd tout contrôle et ses protagonistes refusent d'adoucir l'histoire abominable qu'ils ont à raconter...

 

Mon avis :

Dès le début, la pièce est tentante. Elle oscille entre le comique et le tragique. D'un côté, voir l'Auteur tout contrit et si navré, ça n'est pas drôle du tout. Il parle sur un ton vraiment dramatique. Et puis de l'autre, c'est une situation vraiment risible ! S'il n'a pas pu l'écrire, pourquoi la fait-il jouer ? Il y a forcément un loup ! Quelle est donc cette comédie ?! Bref, une fois de plus, Jean Anouilh a encore trouvé une situation telle que je ne pouvais pas lâcher la pièce avant de connaître la fin !

J'avoue que j'ai eu du mal à voir où Jean Anouilh voulait en venir. Bien sûr, ces remaniements à rallonge faisaient que l'histoire s'éclairait de plus en plus, mais  j'avais du mal à comprendre le but de tout ça.  J'aimais beaucoup assister à la mise en place des personnages et de l'intrigue, voir comment un Auteur discute avec le fruit de son imagination pour pouvoir tout imbriquer. Il ne faut pas trop choquer le public tout en restant fidèle à son idée première jusqu'au moment où tout éclate, où les protagonistes se rebellent. Eux ne comprennent pas qu'on puisse les inventer s'ils ne peuvent pas jouer leur histoire, s'il faut toujours tenir compte des autres. Et en fait, c'est exactement ça.  Toutes ces questions sur la pièce, sur la manière dont elle va être reçue et sur ce que le dramaturge a voulu dire s'entrechoquent et parfois, elles sont incompatibles. Bon là, d'accord, j'ai compris. Mais... c'est tout ? Non. Pourquoi cette pièce est-elle si horrible ? Pourquoi l'Auteur ne parvient-il pas à l'écrire ?

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  C'est là que se trouve  le noyau de l'affaire. Lorsque les personnages se dressent contre l'Auteur pour contrer ses remords et ses hésitations, ils dévoilent une machination sordide. Des héros pris dans les rouages du "déterminisme social", des héros dissimulés dans la grotte,  des héros qui gênent et qu'on refuse de voir...  La Grotte, ça raconte l'histoire d'un écrivain en proie aux incertitudes quant au récit abominable qu'il essaye de faire, une histoire sur la société et la réaction d'une société sur l'histoire.

A part ça, qu'est-ce que je pourrais bien vous dire ? D'habitude, avec Jean Anouilh, ce qui me plait le plus, c'est le style. Même dans les pièces les plus noires, c'est toujours infiniment vivant et riche d'ingéniosité. Dans celle-ci, c'est surtout ce que j'en ai retenu qui m'a marquée. La forme était tellement osée que je n'ai pas pu me laisser porter. Mais je n'en suis pas moins épatée par les trésors d'imagination que peut concocter Jean Anouilh, qui arrive toujours à écrire des pièces plus étonnantes les unes que les autres. J'ai adoré celle-ci, bien qu'unique en son genre, et je continue à dévorer tout ce que je peux trouver de l'auteur. Bravo !!



02/08/2015
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